Rencontre avec Kawamura Ryu, Suzuki Naoto et Iwao Junko

Il est, je pense, inutile de présenter Iwao Junko. Comédienne de doublage, elle a été l’interprète de Tomoyo Daidōji dans Cardcaptor Sakura.

Vous imaginez donc ma hype quand j’ai appris sa venue en 2012, lors de Japan Expo, et de son retour en France, accompagnée de Kawamura Ryu et Suzuki Naoto pour un concert au Dernier Bar avant la Fin du Monde, le 29 septembre 2013, avec des reprises d’anisongs dans un style jazz.

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Lors de son concert, nous avons eu droit à plusieurs reprises de chansons bien connues du public avec par exemple, Scarlet (thème d’ouverture d’Ayashi no Ceres), Yakusoku wa Iranai (thème d’ouverture de Tenku no Escaflowne), ou encore Yoru no Uta (insert song de CardCaptor Sakura), avec en bonus un des couplets chanté avec la voix de Tomoyo Daidōji.

En somme, un concert plein de cœurs et de feels.

À la fin du concert, bien décidé à avoir une entrevue avec Iwao Junko, je me suis dirigé vers l’interprète présent avec elle et lui ai demandé si le groupe pouvait me consacrer quelques minutes pour répondre à mes questions.
Impossible : ils sont attendus ailleurs.

Il m’a alors dit qu’il était possible de se voir le lendemain en fin de journée. On s’est mis d’accord sur l’horaire et le rendez-vous fut pris. On s’est retrouvés le lendemain, dans l’appartement qu’ils avaient réservé pour leur séjour en France.

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Lorsque nous sommes arrivés le lendemain, nous avons été accueillis par Iwao Junko qui nous a ouvert la porte et invités à rentrer dans l’appartement pour nous installer avec notre le matériel.

Une fois installés, j’ai montré à l’interprète les questions que j’avais prévues de poser, afin de gagner du temps pendant l’interview.
Au même moment, Iwao Junko est ressortie de la cuisine avec carafe d’eau et verres pour nous servir à boire. C’était assez embarrassant : ce n’étaient pas nous les invités, les héros de la soirée.

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Tout était prêt, nous pouvons commencer !

Bonsoir, pouvez-vous tout d’abord vous présenter ?

– Je m’appelle Iwao Junko, je suis chanteuse et comédienne de doublage.
– Je m’appelle Kawamura Ryu (prononcé en français), je suis sumotori. (Rires)
– Je m’appelle Suzuki Naoto, je suis guitariste.

La musique, est-ce quelque chose que vous avez voulu faire depuis votre jeunesse ?

Iwao Junko : En effet. Depuis toute petite, j’aime vraiment chanter. J’aime tellement la chanson qu’on me dit souvent, dans ma famille, qu’ils pensent que je suis née en chantant et, à l’école, je mémorisai les cours en chantant.

Kawamura Ryu : J’ai commencé en tant que professionnel à 18 ans, mais depuis tout petit, j’écoute et j’aime la musique.

Suzuki Naoto : Ma mère est professeur de piano, mon père avait comme passion la basse et la batterie, alors qu’il n’était qu’un simple salaryman. Donc, j’ai vraiment été baigné dans un monde musical et j’ai décidé de devenir professionnel à partir du lycée. J’ai commencé avec la batterie, sorti des CD et maintenant, je suis guitariste.

Vous avez débuté en tant qu’idole en 1986 avec le groupe Saint Four. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette première expérience ?

Iwao Junko : C’est un groupe un peu particulier, car en plus de faire des acrobaties et de la danse, la chanson avait une importance énorme. Et moi, je suis rentrée dans la même agence, ce qui m’a amenée à être membre de ce groupe.

Après la séparation du groupe, vous vous êtes fait connaître en tant que comédienne de doublage. Comment vous êtes-vous retrouvée dans ce milieu ?

Iwao Junko : Après que le groupe s’est séparé, j’ai commencé une carrière solo qui n’avançait pas. J’avais vraiment beaucoup de mal à joindre les deux bouts : je faisais des petits enregistrements par ci, des petits boulot par-là… J’ai aussi eu un boulot à la gare de Tokyo où je travaillais dans une sorte de kiosque.
Au Japon, on a des tenues avec nos noms écrits dessus. Le mien s’écrit d’une manière un peu spécifique, avec des caractères très spéciaux. Un jour, quelqu’un avec qui j’avais déjà travaillé arriva et lorsqu’elle a vu mon nom, elle a dit « Ah, mais vous êtes Iwao Junko, n’est-ce pas ? ». Elle m’a demandée si je voulais faire une audition : c’était une audition pour Montana Jones, mon premier rôle.
J’ai eu ce rôle à 23 ans et j’avais fait une promesse à mes parents lorsque j’ai réussi une audition à mes 13 ans : je suis montée sur Tokyo et mes parents m’ont dit « On te laisse 10 ans. Si, au bout de 10 ans, rien ne se passe, tu rentres à la maison ». Et c’est lors de cette 10e année que Montana Jones est arrivé.

Quand une série sur laquelle vous avez travaillé est diffusée sur les chaînes de télé, la regardez-vous ? Et si oui, vous est-il déjà arrivée de vous dire « Tiens, à ce moment-là, j’ai fait comme ça, mais j’aurais pu le jouer de telle manière » ?

Iwao Junko : À chaque fois que je vais faire des enregistrements, je me donne à fond. Et lorsque je regarde ce qui va passer à la télévision, je vais vraiment faire une rétrospective sur mon travail.
Je veux vraiment améliorer mon jeu.

Auriez-vous souhaité doubler un personnage sur une série ?

Iwao Junko : Récemment, les voix de Lupin III ont été modifiées et j’aurais vraiment aimé être la voix de Mine Fujiko. Puis, plus comme un désir, j’aurais souhaité pouvoir travailler sur One Piece, sur lequel M. Tanaka Kohei a vraiment beaucoup travaillé. Travailler avec toute cette équipe m’aurait vraiment enchantée.

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Sur quelle série aura-t-on l’occasion de vous entendre, prochainement ?

Iwao Junko : Il y a tout d’abord Mahô Shôjo Madoka Magica : je suis la professeur responsable de la classe de Madoka. Cette professeur, qui a un peu cette voix stressée et qui semble vraiment hystérique et puis qui, tout d’un coup, va se calmer et avoir une respiration profonde.

(Avec la voix de Saotome Kazuko) : « J’ai quelque chose de très important à vous annoncer à tous ! »

Je joue ce personnage un peu fou pour le prochain film de Madoka qui va bientôt sortir.
Sur un autre film, Takanashi Rikka Kai : Chûnibyô demo Koi ga Shitai!, je vais faire la voix de la mère de l’héroïne.
Et, encore à l’heure actuelle, je fais la voix de la mère de Killua dans Hunter × Hunter.

Vous avez également doublé des personnages dans des jeux vidéo. Quelle différence y a-t-il par rapport au doublage d’une série animée ?

Iwao Junko : Lors d’un enregistrement pour un anime, toute l’équipe va être présente. Parfois, jusqu’à 20 personnes sont là avec seulement 4 micros et on avance page par page dans le doublage de l’épisode.
En revanche, pour un jeu vidéo, on va être tout seul dans une cabine avec un micro pour enregistrer son texte.

Parallèlement à votre carrière de doubleuse, vous avez aussi fait partie d’un groupe avec Inoue Kikuko, du nom de Osakana Penguin, pouvez-vous nous en parler ?

Iwao Junko : Il faut savoir que Inoue Kikuko est aussi comédienne de doublage : par exemple, sur Ranma ½. Dans cet anime, il y a des parties chantées. Sur certaines d’entre elles, c’est ma voix qui a été utilisée. C’est à ce moment-là que nous avons pu nous rencontrer. C’était une volonté de ma part que de la rencontrer, parce que j’appréciais beaucoup ce qu’elle faisait et c’est à ce moment-là aussi qu’elle m’a proposé de faire un duo juste pour un été, pour faire un CD et des lives. Voilà comment ça s’est passé : tout est venu d’elle.

Comment avez-vous rencontré Suzuki Naoto et Kawamura Ryu ?

Iwao Junko : Le déclencheur a été un concert anniversaire, où je me suis retrouvée dans la situation où je devais trouver un bassiste. J’étais très embêtée et en même temps très contente, parce que je me disais « Je veux vraiment jouer avec Kawamura Ryu ».
Pourquoi Kawamura Ryu ? Je l’avais connu parce qu’il était membre de mon fanclub au lycée et il me soutenait vraiment à l’époque. Et à l’occasion d’un handshake, il m’a annoncé qu’il souhaitait devenir bassiste professionnel. Je sentais qu’il avait un fort potentiel et ça s’est confirmé par la suite, puisqu’il a fini par devenir champion du monde dans sa catégorie.
Quand j’ai cherché un bassiste, je lui ai directement envoyé un mail, en espérant que lorsqu’il reviendrait de l’étranger, j’arriverais à l’avoir un jour et que ce jour serait celui de mon anniversaire.
Il a accepté et le concert a été fabuleux. Par la suite, je lui ai demandé s’il voulait bien devenir mon producteur musical. C’est là qu’il m’a présenté Suzuki Naoto qui a tout d’abord participé aux concerts et participe maintenant aux CD.

Kawamura Ryu, vous avez collaboré avec Iwao Junko sur ses deux précédents albums reprenant des anisongs en version jazz. Comment avez-vous choisi les morceaux ? Quelles sont les caractéristiques d’un morceau adaptable au style musical du jazz ?

Kawamura Ryu : Je suis moi-même un grand amateur d’animation japonaise. Je choisis simplement ce que j’aime et où j’ai envie de voir Iwao Junko chanter, mais je ne veux pas déstructurer la nature de l’anime et c’est ça ma touche particulière : c’est arriver à transformer sans dénaturer.

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En 2012, vous êtes venus en France à l’occasion de Japan Expo. Comment s’est passé votre voyage et avez-vous été bien accueillis par le public français ?

Iwao Junko : Quand j’étais sur la scène, à chaque chanson, je pouvais voir les yeux du public briller. J’ai vraiment ressenti quelque chose de particulier et quand est venue la séance de dédicace, j’ai eu l’occasion de parler avec les gens. Ils me disaient combien certaines chansons les avaient aidés.
On ressentait tout l’amour qu’ils éprouvaient lorsqu’ils me parlaient de leurs animes préférés. C’était réellement un flot d’émotions, c’était vraiment très très fort. Certains me disaient qu’ils avaient toujours voulu me rencontrer, d’autre me demandaient si on nous reverrait l’année prochaine.
En entendant ça, je me suis dit que je voulais vraiment revenir et partager à nouveau ces émotions avec eux.

Kawamura Ryu : Je trouve que les Français ont une oreille particulièrement musicale et j’ai trouvé le public français vraiment différent du public japonais.
Le public japonais, s’il ne connaît pas l’artiste, il va partir. S’il ne connaît pas la chanson, il ne sera pas content. Le public français était vraiment différent pour cela : une bonne partie du public ne connaissait pas Iwao Junko et malgré ça, ils ont pris le temps de découvrir l’artiste et d’apprécier ses chansons. C’est vraiment là qu’on voit la grandeur du public français.

Suzuki Naoto : Ce qui m’aura le plus marqué, ce fut au Manga Café où nous avons chanté a capella. Quand nous avons commencé, les gens à l’étage sont tous descendus en restant silencieux et ont pris le temps de nous écouter. À la fin, nous avons eu droit à beaucoup d’applaudissements et certaines personnes ont même acheté des CD.

Il y a aussi eu ceci, lors d’une répétition légère au Dernier Bar avant la fin du Monde : alors que les gens étaient en train de manger, le silence s’est installé dans le bar. À la fin, les gens nous ont applaudis et sont venus acheter des CD, alors que ces personnes n’étaient même pas venues pour nous. Je me suis dit à ce moment-là qu’il y avait vraiment une culture de la musique en Europe.

Vous êtes principalement connus comme musiciens de jazz. Avez-vous exploré d’autres styles musicaux avec votre instrument de prédilection ? Quel est votre style de musique préféré ?

Kawamura Ryu : Quand on regarde ma contrebasse, on pense que je suis un jazzman pur et dur et c’est vrai qu’ils sont nombreux au Japon. Mais moi, je ne me considère pas comme tel pour la simple et bonne raison que je vais écouter du rock, de la pop, d’autre styles de musique et beaucoup d’anisongs. Je trouve qu’il serait dommage de se limiter à un seul son. Moi, je vais plutôt aller regarder un peu partout et prendre un peu de l’essence de tous ces styles. Je trouve que c’est beaucoup plus intéressant comme ça.
Je joue également de la basse et de la guitare électrique.

Suzuki Naoto : Je ne me sens pas limité à un seul style. Par exemple, je joue avec des groupes de rock et de pop. Je pense que c’est pour cette raison que Kawamura Ryu a fait appel à moi : n’étant pas limité à un seul style de musique, je vais être capable de jouer de l’acoustique ou bien de l’électrique sans problème.

Vous avez actuellement plusieurs collaborations en cours. Comment arrivez-vous à concilier tous ces projets ?

Kawamura Ryu : Il arrive que je me loupe. (Rires)
C’est vrai que j’essaie de bien organiser mon planning, mais en général, ça va être plus en fonction de mes passions, de ce que je ressens moi, que du prix qu’on me proposera.
Je donne tout à Iwao Junko. (Rires)

Iwao Junko : Merci beaucoup.

Quels sont vos futurs projets ?

Iwao Junko : Jusqu’à maintenant, je n’ai sorti que des albums de reprises d’anisongs, mais l’année prochaine, je vais sortir un album avec seulement des chansons originales. Et comme j’arrive à mes 20 ans de carrière de comédienne de doublage, nous allons, pour l’occasion, sortir un photobook.
J’espère, bien sûr, pouvoir revenir en France.

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Au détour d’un bar, d’une rue ou d’un métro, qu’est-ce qui vous a marqués en étant en France ?

Iwao Junko : J’ai été émue lorsque nous sommes partis du Louvre et que nous avons commencé à remonter le parc des tuileries, Rivoli… Nous avons continué comme ça et, tout d’un coup, on s’est retrouvés face à l’Arc de Triomphe et j’ai ressenti une très forte émotion de me retrouver comme ça, d’un coup, devant ce grand monument.

Kawamura Ryu : On marchait autour de l’Arc de Triomphe quand des petits Roms sont venus vers nous en nous demandant une signature et si on parlait anglais. J’ai répondu « NO! » très sèchement et c’est alors qu’ils ont commencé à pointer du doigt mon ventre en s’écriant « BABY! BABY! BABY! ».
J’ai trouvé ça très marrant.

Suzuki Naoto : J’ai été surpris par ces vieux bâtiments parisiens qui étaient propres malgré leur âge et aujourd’hui, je suis allé sur la butte Montmartre. Du haut, on voyait toute cette rangée d’immeubles qui s’enfilaient les uns sur les autres et ça m’a vraiment surpris, parce que quand on regarde Tokyo de la même hauteur, on voit des sortes de petites bulles de partout. C’est cette différence par rapport à ce que je connais habituellement qui m’a vraiment impressionné.

Enfin pour finir, avez-vous un message à passer ?

Iwao Junko : Nous avons vraiment hâte de pouvoir vous revoir !
Merci beaucoup !

Merci.

À la fin de l’interview, on nous a demandé de rester assis car une petite surprise nous avait été préparée. Kawamura Ryu et Suzuki Naoto ont récupéré leurs instruments pendant qu’Iwao Junko se chauffait la voix afin de nous offrir Sono Mama, de la série Rurouni Kenshin, chanté a cappella.

Je tiens tout particulièrement à remercier Emmanuel Bochew, sans qui cette rencontre n’aurait jamais pu avoir lieu ; Iwao Junko, Suzuki Naoto et Kawamura Ryu pour leur temps et d’avoir accepté cette rencontre dans leur appartement ; ainsi que toute l’équipe de Nihon no OTO présente ce jour-là.

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